TwitterFacebook

Rado Harivelo : «Le kabary est un signe de respect des us et coutumes»

Le kabary, cet art oratoire typiquement malagasy, une tradition ancestrale marquant les événements importants de ce peuple est encore d’actualité. Rado Harivelo, un «mpikabary» de renom continue de le promouvoir, à l’heure de la mondialisation

Durant votre carrière, dans quel contexte fait-on souvent appel à vous?

C’est surtout lors des mariages et des fiançailles que les gens font appel à des «mpikabary», mais on nous appelle également pour animer des événements festifs. Pour ma part, j’ai pratiqué le kabary à peu près 702 fois tout au long de ma carrière et cela n’était pas uniquement pour les Malagasy mais également pour les étrangers. Effectivement, il y a ceux qui épousent une personne d’une autre nationalité mais qui veulent garder cet esprit traditionnel dans la célébration de leur union, surtout lors des fiançailles ou «vodiondry».

En parlant de cet «esprit traditionnel», qu’est-ce que les gens d’aujourd’hui attendent d’un «mpikabary»?

Il faut dire que beaucoup de Malagasy tiennent à cette tradition, ce qui me mène parfois dans l’embarras car il arrive souvent que les dates se superposent, c’est la preuve que les gens ne veulent pas s’en détacher, c’est important pour eux. Ce qu’ils attendent avant tout, c’est défendre l’honneur de la famille à travers le kabary lors des mariages, signe de respect des us et coutumes traditionnels malagasy que la famille pratique de génération en génération. Les «mpikabary» devraient également animer les événements d’une manière festive et plus gaie. Il arrive que chaque famille garde un seul et unique «mpikabary» pour animer tous leurs événements. C’est ainsi qu’un «mpikabary» revient souvent chez la même famille où sa réputation s’amplifie et se transmet.

Comment un «mpikabary» se distingue d’un autre?

Il est sûr que le kabary nécessite du talent. En ce qui me concerne, j’ai mon propre style. Premièrement, j’attribue beaucoup de respects à la tradition malagasy dans mes discours. Cependant, il faut que ça soit dynamique, suivant des réflexions plus modernes. Pratiquer le kabary d’une manière classique pourrait être lassante, à l’heure actuelle. Il faut jouer sur une ambiance plus moderne et être attentif à l’atmosphère pour que nous soyons bien dans le contexte, par exemple, faire participer l’assistance pour qu’elle ne reste sans rien faire pendant les discours, ajouter un peu d’humour…

Après toutes ses expériences, est-ce que vous vous entrainez encore ou les discours viennent tout naturellement?

Il faut s’entrainer, on n’en fini pas avec les recherches. Surtout en terme de littérature, que ce soit classique ou contemporaine, orale ou écrite, car la langue évolue. Entre autres, savoir jouer sur les mots dans le langage moderne, sans dire n’importe quoi bien sûr, ou encore mettre à jour les dictons, les proverbes, les citations pour être bien dans le contexte. Je travaille beaucoup sur la rhétorique, chose importante dans le kabary.

Est-ce que vous vous contentez d’être un «mpikabary» ou vous avez d’autres perspectives pour la discipline?

J’ai d’autres perspectives pour entrer en profondeur dans l’art du kabary. En effet, j’envisage d’éditer un livre sur cette discipline. Je suis déjà dessus. Il s’agit surtout des fruits de mes recherches sur les différentes sortes de kabary, pour les événements joyeux comme le mariage et les événements tristes… Je compte également partager les différentes techniques du kabary dans le but de s’entraîner.

ANNICK SEDSON

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les elements en (*) sont requis

*